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Après maintes tentatives et faux départs le jour tant attendu arrive !

On se souvient alors de cette promesse faite un soir de réveillon où l’euphorie nous fait clamer haut et fort : cette année je vais à l’aïkido !

 

Alors que nous nous dirigeons vers le dojo nous repensons à ces dizaines de personnes qui étaient présentes lors de notre prise de vœux, ça c’est tout moi pourquoi j’en ai parlé.

 

Je pousse la porte, un petit groupe est là blaguant sur l ‘actualité et le temps, en retrait, un homme fouillant dans son sac et en sortant un kimono dont l’usure laisse  présager de son niveau de réalisation.

 

Plus de doute c’est le prof, avec un sourire et une poignée de main aussi franche il me félicite  d’être venu les rencontrer et me propose de monter sur les tatamis avec eux.

 

Après tant d’année de questionnement, mon arrivée sur les tatamis se fait le plus simplement du monde, chaque pratiquant vient me saluer en se nommant et me prie de les tutoyer. J’apprends très vite que la notion d’ancien prend ici un tout autre sens : il ne tient pas compte de l’âge du pratiquant, mais de ses années de pratique ainsi un respect naturel s’impose alors à nous. Face à un enfant d’une douzaine d ‘années qui pratique et maîtrise les techniques d’une façon troublante, naturelle, nous nous retrouvons en train de lui demander : tu peux le refaire s’il te plait.

 

Moi qui craignais de ne pas être à la hauteur, être physiquement un peu juste, je m’aperçois que le plus dur sur le tatamis c’est la position d’attente, de repos : le seiza !

Si nous sommes tous en kimonos l’on reconnaît facilement les débutants, ce sont les seuls à danser frénétiquement lorsque tout le monde se concentre et se détend en position seiza.

 

 

Une réalité s’impose : nos genoux d’occidentaux n’avaient jamais envisagé l’improbabilité de cette posture !

 

L’AIKIDO étant issu d’une tradition séculaire de moins de 100 ans, les techniques sont en japonais ! En occidental averti je m’offusque de devoir nommer des techniques en japonais plutôt qu’en français : le résultat serait le même. Et c’est en voyant la reprise de  I will survive par Régine et en français que j’obtins ma réponse, même si le sens des mots avait été respecté nous avions perdu les sonorités. Ce n’est que bien plus tard que je mesurerai l’importance de ma découverte dans les kotodomas ou chant de la voie !

 

Je décide donc, armé d’un courage qui n’a que d’égal l’ampleur de la tâche, d’apprendre à compter jusqu’à cinq en japonais et à dire : main, poignet, arrière, col, manche, projection, chute…vocabulaire d'Aïkido

 

Armé de mon nouveau vocabulaire de vingt mots et les combinant à l’infini j’étais en mesure de pouvoir répondre aux attentes de mon prof. Une question demeure encore aujourd’hui, parfois il me vient une pensée un peu honteuse : quand le prof nomme la technique et la recommandation pour UKE il scrute alors les pratiquants avec un œil inquisiteur à cet instant je ne saurai dire s’il cherche quelqu’un qui connaît la technique ou quelqu’un qui a compris ce qu’il venait de dire.

 

 

 

UKE belle notion inhérente à l’AIKIDO, dans d’autre Art Martiaux la tendance égotique du pratiquant est sollicitée, encouragée par la compétition ou la recherche d’efficacité. On se souvient tous du : t’as pas mal de rocky

 

UKE est, en AIKIDO, celui qui reçoit et TORI celui qui développe la technique, il ne peut en aucun cas avoir l’un sans l’autre.

Une technique réussie est la somme des deux talents : une bonne attaque suivie d’une bonne riposte. Au cours de cet échange UKE met à disposition son corps et son énergie pour que TORI puisse s’exercer, s’améliorer et surtout ressentir. Apprendre l’AIKIDO dans un livre ou avec une vidéo est impossible !

 

Mal comprise, la fonction d’UKE est souvent source de tension. UKE n’est pas là pour démontrer sa supériorité physique mais il ne doit en aucun cas être condescendant.

 

Le premier mot japonais que j’ai cherché sur le net est : GO NO GEIKO :

 

GO NO GEIKO : pratique solide qui consiste, à partir d’une saisie ferme, de porter une technique pour projeter ou amener au sol le partenaire, qui n’a d’autre solution que de chuter.

 

L AIKIDO est une réponse à une agression physique, si au cours de l’entraînement nous ne la retrouvons pas, UKE et TORI peuvent se faire face pendant des heures sans que rien ne se passe puisque c’est UKE qui déclenche la riposte et c’est encore lui qui induit la technique par la nature de son attaque. Si l’on veut une réponse il faut d’abord une question.

 

La première année de pratique est la plus compliquée, l’on ne ressent pas encore l’AIKIDO au fond de nous et pourtant nous avons l’intuition de participer à quelque chose de grand !

Cela vient sans doute du fait que cet art martial est régi par les mêmes lois que celles de l’univers.(mots de O SENSEÏ)

 

A notre dimension horizontale de tout les jours, vient s’ajouter une verticalité mais aussi une profondeur, et au fur et à mesure que nous chutons et nous relevons notre corps change mais notre esprit aussi.

 

Ainsi la première année je m’astreignais à suivre deux cours par semaine, non pas pour progresser plus vite mais pour planter au plus profond de moi la racine de l’AIKIDO. Aujourd’hui si je n’ai pas le temps d’aller au dojo (et ce n’est pas bien !), je comprends ce que voulais dire le fondateur quand il disait : je ne suis qu’AIKIDO.

 

Tout les principes : postures, souplesse, humilité… que m’a transmis Luc je les ai fait mien et les ai appliqués dans mon travail, dans la vie tout simplement.

 

 

Il est possible que vous trouviez mes références cinématographiques quelque peu enfantines, certes, mais il se trouve qu’elles remplissent les deux conditions nécessaires pour être efficaces :

-a) je les ai vues,

-b) vous les avez vues aussi !

 

En AIKIDO nous n’utilisons pas les coups de pieds, bien que le fondateur ait des jambes solides et des coups puissants, ils ne furent pas introduits dans l’AIKIDO moderne afin de préserver l’équilibre de la posture.

 

Il s’avère que les techniques appliquées sur le haut du corps sont aussi efficaces sur des coups de pieds, ces techniques étant basée sur la torsion ou la contrainte des articulations.

 

Il existe peu de différence entre UKE et TORI, si ce n’est que le premier s’écrit comme il se prononce et le deuxième se prononce comme il s’écrit, ils sont comme les deux faces d’une pièce, la lune et son coté obscure ou encore le yin et le yang, ils n’existent pas l’un sans l’autre.

 

Je pourrai user d’artifice * pour vous faire sentir ou ressentir d’autres facettes de l’AIKIDO, mais vécues par procuration elles n’ont que peu d’intérêt. C’est un peu comme un malotru qui vous raconte la fin d’un film.

 

Je pratique depuis moins de dix ans et j’ai trop de respect pour ceux qui ont fait et qui continu à faire l’AIKIDO : le fondateur, mon professeur, les pratiquants… Je ne prendrai donc pas le risque de trahir leur pensée ou leur accomplissement.

 

Si par la lecture de cet article j’ai pu intéresser une personne à l’AIKIDO cela soulagera mon sentiment de reconnaissance pour cet art martial qui m’a énormément apporté et continue après chaque entrainement.

 

merci...

 

 * Feu d'artifice